Des blogueurs critiquent la censure d'un billet par Typepad à la demande de la SNCF
La censure par Typepad, à la demande de la SNCF, d'un billet du blog "Train-train quotidien" fait parler dans la blogosphère, et le moins qu'on puisse dire, c'est que les posts qui sont consacrés à cette affaire ne donnent pas une excellente image des deux entreprises.

Mercredi, Xavier Moisant, qui anime le blog collectif consacré aux déplacements sur la ligne SNCF Le Havre-Rouen-Paris, publiait un billet intitulé "Censuré par la SNCF sur Typepad". Il y racontait avoir reçu un mail du directeur général de Six Apart en Europe l'informant de la suppression, par Typepad, d'un billet daté du 16 mars (et des commentaires) qui contenait des logos de la SNCF détournés.



"La SNCF serait-elle embêtée que la médiocrité du service qu'elle rend soit devenue visible ?" écrivait Xavier Moisant, qui ajoutait : "La SNCF, au lieu de dialoguer, s'expliquer (pourquoi avoir caché pendant des mois la disponibilité de seulement 50 % des machines pendant l'hiver ?) préfère communiquer, censurer, travestir la réalité. Bravo la SNCF ! Vous allez vous rendre encore plus populaires avec une telle attitude." Xavier évoque également de l'affaire sur son blog Place de la Démocratie.

Le même jour, François Nonnenmacher signalait cette censure en faisant remarquer que la SNCF n'a même pas eu à attendre de savoir si la blogueur allait obtempérer ou non, puisque l'hébergeur a lui-même supprimé le billet : "La SNCF censure un billet sur un blog Typepad en envoyant un simple courrier à l'hébergeur, lequel s'exécute immédiatement sans se poser de question." Il rappelle que la Loi sur la Confiance en l'Economie Numérique (LCEN) punit toute personne qui présente comme illicite un contenu alors qu'elle sait qu'il ne l'est pas.

Il ajoute : "Sur le même sujet, et sans juger de sa légalité qui semble douteuse, la réaction de la SNCF est stupide (...). Cette action va provoquer une vague de protestation et offrir au blogueur censuré une chambre d'écho à bien plus forte audience que son seul blog."

Et en effet, de nombreux blogueurs, et non des moindres, critiquent l'attitude de la SNCF et de Typepad dans cette affaire (et plusieurs de ceux qui reproduisent les logos incriminés sont eux-même hébergés par Typepad).

Lord Phoenix critique lui aussi la réaction de Typepad et y voit l'illustration des dérives que permet la loi : "Grâce à la LCEN la censure au profit des puissants a encore sévis. Pour avoir détourner le logo ci dessus la SNCF s’est fendue d’un mail à TypePad l’hébergeur de ce blog qui a immédiatement supprimé le contenu jugé illicite. C’est une illustration manifeste des abus potentiels de la LCEN mais c’est aussi une preuve du manque flagrante de l’incompréhension du fonctionnement de la blogosphére."

Versac publie un des dessins en commentant : "Bravo la SNCF ! Venez m'interdire moi aussi ! Stupide politique de communication que de faire inetrdire des détournements de logos. Il faudrait peut-être apprendre des grandes marques dont c'est devenu monnaie courante, et savoir accompagner le mouvement avec diplomatie, écouter ses parties prenantes, plutôt que de se contenter de les braquer contre soi."

Laurent Gloaguen évoque l'affaire sans commentaires, mais en publiant sur son blog deux des logos détournés mis en cause par la SNCF.

Christophe Grébert publie lui aussi, sur MonPuteaux.com, un des visuels, avec le commentaire suivant : "Il s'agit d'un cas grave d'atteinte à la liberté d'expression décidé par un hébergeur à la suite d'une réclamation d'une entreprise nationale, en l'absence de toute décision de justice. Je dénonce d'autant plus ce fait que Typepad est aussi mon hébergeur."

Voir aussi les billets consacrés à l'affaire par les blogs suivants : WebCitoyen.com, Zevillage, JB, Informations sur le site Voyage-sncf, L'instantané, Cours, Laurent, cours, Za Blog (qui publie le logo en précisant : "disclaimer: cette photo n'est pas hébergée sur mon blog"), Comme une 76, Caelum et Terra, Alexandre Xiradakis, ou GrandRouen.com.

Ce matin, Xavier Moisant propose plusieurs actions pour le soutenir, par exemple reprendre la bannière des Influenceurs qu'il a créée ou publier les images censurés.

Blog Train train quotidien censuré par la SNCF sur Typepad
Recommandé par des Influenceurs

Notons que la LCEN ne facilite pas la liberté d'expression. En rendant responsable un hébergeur qui, averti de l'illégalité d'un contenu, ne le rend pas rapidement inaccessible, elle favorise ce genre de censure préventive. L'hébergeur se trouve donc confronté à un dilemme s'il hésite sur le caractère illicite d'un contenu : ne pas supprimer, au risque d'être condamné ensuite, ou censurer, au risque... d'être condamné également si le blogueur se retourne contre lui. C'est tout le problème de la LCEN qui fait de l'hébergeur le juge du caractère licite ou illicite des contenus qu'il héberge.

Commentaires
Et un de plus !
Ecrit par Cedric le 13/04/2009 - 15h47
Vous pourrez désormais rajouter mon blog à liste de ceux qui évoquent l'affaire...même si elle commence à dater, j'en convient.

Sur le fond, vous avez raison, la LCEN entrave la liberté d'expression, exigeons son abrogation !