- Qui es-tu ?
Je préfère conserver mon pseudonyme, Ali Devine. Mes lecteurs ne cessent de me mettre en garde contre les risques de sanction de la part de ma hiérarchie si je venais à être découvert, alors prudence. J'ai 34 ans et je vis dans une commune pauvre des Hauts-de-Seine - eh oui, il y a des communes pauvres dans les Hauts-de-Seine. J'ai fait de bonnes études, je crois même pouvoir dire, sans me jeter de fleurs, de très bonnes études : je suis passé par une grande école (ENS-Ulm), j'ai décroché l'agrégation d'histoire, puis un bon DEA à la Sorbonne. Mais le sens pratique n'a jamais été mon fort et, après m'être embarqué dans une thèse impossible à faire, je me suis retrouvé dans un cul-de-sac. Il fallait que je nourrisse ma famille, qui commençait alors à s'agrandir. Et c'est ainsi que je me suis retrouvé, un beau matin de septembre 2005, dans un collège de Seine-Saint-Denis, pour y assumer les fonctions d'éducateur-dresseur, et découvrir en retour les réalités du multiculturalisme français. C'était évidemment très différent de tout ce que j'avais connu jusqu'à présent ; je ne me destinais pas à cette forme d'enseignement, je ne suis pas passé par l'IUFM et mon expérience pédagogique avait surtout consisté, avant cette date, à assurer des TD dans des facs de province (ah ! le pôle universitaire de La Roche-sur-Yon, ses étudiants, ses vaches - souvent les mêmes, d'ailleurs).

J'en ai bien bavé au début. Mais j'ai relevé le défi. Deux ans plus tard, je suis toujours là, pour une multitude de raisons : je n'arrive pas à identifier une alternative professionnelle convaincante ; j'ai beaucoup travaillé pour m'adapter et je veux voir le résultat de mes efforts ; enfin et surtout, je me suis mis à aimer le métier et les élèves. Si je peux contribuer, dans une certaine mesure, à la réussite de certains d'entre eux, j'estimerai avoir fait quelque chose d'utile. Sinon, j'aime bien la petite randonnée, le groupe Beirut, le romancier barcelonais Eduardo Mendoza, ma femme et mon fils.
- Quand as-tu commencé à bloguer et pourquoi blogues-tu ?
J'ai commencé à bloguer très récemment, en septembre. Je soupçonnais un peu le caractère addictif de cette pratique ; mon intuition a été largement confirmée par la pratique. Je souffre quand je ne peux rien poster pendant plus de trois jours ; le matin, la première chose que je fais est bien souvent d'aller jeter un coup d'oeil sur les commentaires de la veille et les statistiques de fréquentation. Pourtant, on ne peut pas poster tous les jours : il faut attendre d'avoir des choses intéressantes à écrire, et de pouvoir dégager une heure ou deux pour les mettre en forme. Quand on a un petit garçon, de longs trajets domicile-travail, des copies à corriger, et une ou deux activités associatives, c'est souvent compliqué. Mais en même temps, c'est une garantie contre la tentation de publier n'importe quoi pour générer du flux.
Je blogue pour plusieurs raisons. J'écris d'abord tout simplement ce dont je veux me souvenir quand, dans quelque temps, j'aurais changé de métier. J'espère aussi que certaines personnes découvrent un peu de la réalité des ZEP en me lisant. Il y a également, de toute évidence, un attrait narcissique très puissant dans la tenue d'un blog : quand vous écrivez un texte, qu'il est lu par un millier de personnes, que vous êtes cité et complimenté par des inconnus, l'ego s'en ressent vivement. Et quand on s'aperçoit en plus que ces lecteurs vivent en Roumanie, en Afrique du Sud et au Mexique, on exulte - surtout quand, comme moi, on n'a jamais été foutu d'inviter son voisin de palier à venir prendre l'apéro.
Mais la raison principale pour laquelle je tiens ce blog est que j'ai toujours voulu écrire. N'ayant pas le temps de me lancer dans la rédaction d'un roman (et n'en ayant peut-être pas non plus le talent), j'écris sur mon expérience quotidienne. Un projet chimérique, à moyen terme, consisterait à rédiger à partir de mes notes le synopsis d'une série se déroulant entièrement au sein d'un collège de ZEP (si un producteur lit ces lignes et qu'il est intéressé par le projet, qu'il sache que je suis tout disposé à négocier sur une base de 100.000 euros pour la livraison d'un premier jet).- Que trouve-t-on sur ton blog ?
On y trouve mon vécu de prof d'histoire-géo, qui s'échine à transmettre à des préados des connaissances dont ceux-ci ne veulent généralement pas. Je raconte les cours, les bagarres de couloir, les conseils de classe, les conversations de machine à café avec mes collègues, etc. J'essaie aussi de prendre en compte tout ce qui environne l'enseignement proprement dit, notamment ce que je peux savoir de mes parents d'élève. C'est assez indiscret, je le reconnais, mais je prends bien soin d'anonymer tous ceux qui sont mentionnés sur mon blog.
Pour répondre à une question qui m'a souvent été posée, ce que je raconte est vrai à 99 %. Le 1 % restant correspond aux petites distorsions nécessaires pour faire un récit d'une suite d'évènements apparemment disparates. (Oui, je reconnais que ce n'est pas rien, mais sans ce travail de mise en forme, personne ne me lirait : la réalité brute est souvent ennuyeuse).
- Quels sont tes blogs préférés ?
Je ne peux pas répondre à cette question sans parler d'abord de ceux qui m'ont permis d'obtenir une audience en mentionnant mon blog et en drainant vers lui plusieurs milliers de visites : j'ai nommé embruns.net, authueil.org et maitre-eolas.fr. Le lendemain du jour où Laurent Gloaguen a parlé de moi, le nombre de visiteurs, qui stagnait à 50 par jour depuis la création du blog, est passé d'un coup à 600. Je ne peux donc assez le remercier.
Beaucoup de professeurs en ZEP tiennent un blog. Je voudrais en citer deux que je trouve particulièrement intéressants en raison de leur contenu : le blog de Shakti et "Une vie de prof". Les deux sont drôles, bien écrits, je vais les lire régulièrement pour me remettre un peu de baume au coeur. Je vais voir aussi de temps à autre le site de Jean-Claude Brighelli, dont les analyses sont toujours très stimulantes, même si elles pèchent parfois un peu par systématisme. Enfin, je voudrais signaler le blog, que j'ai trouvé adorable et magnifique, d'une maîtresse de maternelle qui doit consacrer à peu près tout son temps à l'embellir et à l'améliorer. Qui n'aimerait que son enfant ait cette institutrice ?
- Quelles nouvelles évolutions aimerais-tu voir arriver sur les blogs ?
Bof, aucune à vrai dire. Je ne publie pratiquement que du texte, sur une plateforme simple, et ça me convient très bien comme ça. Les widgets, le code, outre que je n'y comprends rien, ça m'intéresse peu. Vive la simplicité.